21 MOIS D’ORIENT SUR LES REINS ! RENE MARIE CASTAING AU FRONT D’ORIENT ( 1917-1918 )
René Marie Castaing est le fils ( second enfant d’une fratrie de 6 ) de Joseph Castaing ( août 186O / janvier 1918 ), artiste-peintre de Pau et Rose Picamilh.
Lorsque la guerre éclate début août 1914, RMC a tout juste 17 ans et demi ( il est né le 16 décembre 1896 ).
A la fin de l’année scolaire, compte tenu des succès qu’il a remportés aux Salons, à Pau puis au Salon des artistes français à Paris en 1913, son père incite RMC à se préparer à une carrière de peintre.
RMC emploie ainsi son temps à dessiner dans l’atelier paternel.
Il en est de même au début de 1914.
Mais en août, sa vie va changer brusquement. RMC est un jeune homme patriote certes, désireux d’accomplir son devoir, mais nullement va-t-en-guerre, contrairement à beaucoup de ses contemporains et sans haine implacable.
Il se méfiera désormais des « bourreurs de crâne » en tous genres, comme on peut le lire dans ses lettres.
En attendant de pouvoir s’engager, il est accepté comme brancardier à l’Hôpital auxiliaire n°6 tenu par la Croix Rouge de Pau.
Le jour de ses 18 ans, le 16 décembre 1918, sa décision de s’engager volontairement s’impose à ses parents, et le voilà dons « EV ».
Après ses classes à Tarbes (12ème RI ), puis à Nantes ( 3ème Dragons ), RMC est envoyé fin octobre 1915 en Lorraine en Forêt de Parroy, près de Lunéville, jusqu’à début août 1916, date à laquelle sa division est démontée, ce qui lui vaut d’aller à La Rochefoucauld en Charente, dans l’artillerie, pour suivre une formation de signaleur.
Très vite, il est impatient d’être envoyé au Front d’Orient : c’est un peu une idée d’artiste qui ne se réalise qu’aux premiers jours de 1917, après un refus initial de l’autorité militaire début novembre 1916.
ECRIRE
Dès son départ à Tarbes, RMC avait promis d’écrire quotidiennement à sa famille, promesse dont il s’acquittera consciencieusement : 850 lettres de lui en tout ont été conservées ; elles couvrent les années 1915 à 1918. Sa mère lui écrit ou lui répond également tous les jours. Quant à son père, Joseph Castaing ( JC ), il lui écrit en principe le dimanche matin à 8 heures, mais ne date presque jamais ses lettres…
Des lettres ont été perdues pendant leur acheminement, dans les deux sens ; mais l’essentiel a été conservé par la famille.
On peut y suivre les faits et gestes de la vie quotidienne du soldat, la chronique des opérations militaires auxquelles René prend part au fil de ses quatre longues années de guerre, ses analyses des événements vécus et, enfin, et ce n’est pas le moindre aspect, le compagnonnage artistique entre Joseph, le maître, et René son élève. Les courriers de René révèlent sa grande maturité d’esprit.
C’est sur la période des deux années 1917 et 1918 passées en Macédoine qu’a porté la sélection des lettres et dessins de guerre objet du présent document.
Le choix qui a été fait a amené à retenir 25 lettres pour RMC sur les quelques 350 écrites pendant cette période et 3 lettres pour Joseph Castaing sur les 30 écrites pendant la même période.
De même que les lettres, ce qui est important pour les Poilus, ce sont les paquets que les familles ou les marraines leur envoient. Dans le cas de René, c’est sa mère qui s’occupe des expéditions abondantes et régulières, notamment de vivres, mais aussi de crayons, gommes et papier introuvables bien sûr au Front mais indispensables à un artiste en herbe ; les « colis délices », comme René les nomme, qui arrivent constamment, jouent un grand rôle dans l’entretien de l’équilibre tant physique que moral .
ENGAGE VOLONTAIRE ( EV )
Le départ d’un si jeune homme n’est guère apprécié par ses parents qui, n’ayant pu l’empêcher de s’engager à ses 18 ans, essaient à chaque occasion de décourager ses nouvelles initiatives. Mais RMC reste sourd aux demandes et même prières de ses parents. Quelques exemples :
– Sa mère, le 8 janvier 1915, essaie de le convaincre de demander un sursis: « envoie-nous le bulletin de sursis que nous t’avons envoyé à signer. Nous devons le donner avant le 15 ; si tu l’as perdu, nous t’en enverrons un autre ».
-Son père, le 17 janvier, essaie de le détourner des Dragons, affectation jugée trop dangereuse : « Tu t’es offert pour les Dragons ; c’est bien, mais comme tu ne sais pas monter à cheval, je doute que tu puisses dans ce corps te rendre utile à la Patrie autant que tu le désires. Je te conseille de t’offrir pour l’artillerie, tu resterais à Tarbes où tu as des amis dévoués ».
-Deux ans plus tard exactement, le 8 janvier 1917, lorsque René se porte volontaire pour aller au Front d’Orient, sa mère prend une initiative qu’il rapporte à son père dans sa lettre quotidienne : « Maman est arrivée ce matin à La Rochefoucauld dans un état qui m’a navré. Elle voulait absolument aller trouver le colonel et faire et faire réviser la décision d’il y a un mois qui la condamne à me laisser partir à Salonique. Pauvre Maman ! Elle croit encore et toujours à l’impossible et se raccroche aux moindres paroles en l’air que lui ont dites à titre d’encouragement les militaires qu’elle a rencontrés depuis son départ de Pau» .
-Lorsque, après son débarquement à Salonique, René, par erreur, parvient à un Etat-Major éloigné du front, son père lui conseille d’essayer d’y rester pour ne pas prendre de risques ( JC 102 du 18 mars « Nous serions bien heureux que tu restes comme téléphoniste à l’Etat-Major où tu serais très probablement mieux qu’avec les crapouillots » ).
Dans le visualisateur ci dessous vous trouverez la correspondance entre René-Marie Castaing et sa famille ainsi que quelques-uns de ses dessins réalisés sur le front