Jean Noel Grandhomme
Professeur à l’Université de Lorraine
Le jeudi 8 juin 2023 à 10h00
dans les locaux du Souvenir Français
20 Rue Eugène Flachat, 75017 Paris
À l’issue de deux années de neutralité, la Roumanie entre en guerre aux côtés des Alliés le 27 août 1916. Après quelques succès initiaux en Transylvanie, l’armée roumaine doit rapidement battre en retraite. C’est pourquoi le gouvernement fait appel à une mission militaire française, commandée par un proche de Joffre, le général Henri-Mathias Berthelot (1861-1931), qui arrive sur place à la mi-octobre par la Scandinavie et la Russie. En dépit de cette aide conséquente, la résistance des Roumains et des Russes ne suffit pas à empêcher la coalition des Austro-Hongrois, des Allemands, des Bulgares et des Turcs à entrer dans Bucarest, le 6 décembre 1916.
Seule demeure au pouvoir des autorités roumaines une partie de la Moldavie, avec Iaşi pour nouvelle capitale, où se sont réfugiés la famille royale, le gouvernement, le Parlement, les restes de l’armée et des dizaines de milliers de civils. Là, malgré le froid, la famine et une terrible épidémie de typhus, la mission française réussit à reconstituer, avec l’aide du roi Ferdinand Ier, de la reine Marie, du président du Conseil Ion Brătianu, des généraux Prezan et Averescu, une armée qui s’oppose victorieusement de juillet à septembre 1917 à l’offensive Mackensen, au cours de laquelle tombent plusieurs officiers et soldats français. Les victoires de Mărăşti, Mărăşeşti et de l’Oituz sont toutefois rendues inutiles par la défection de la Russie, en décembre, qui entraîne le départ de la mission française en mars 1918. Contrainte à une paix séparée en mai, la Roumanie doit subir le joug des Puissances centrales. Berthelot a toutefois rendu leur fierté aux Roumains et, conseiller écouté du roi, il a contribué à l’annonce de grandes réformes : la redistribution des terres et l’instauration du suffrage universel ; ainsi l’avenir est-il préservé en cas de victoire finale des Alliés.